Reportage international

Latest episode
582 episodes
En Allemagne, l'archipel des Halligen, sanctuaire pour les oiseaux, est menacé par la montée de la mer
15/10/2026Comment stopper la destruction de la nature ? C'est la question à laquelle devra répondre la COP17, les négociations internationales sur la biodiversité, qui se tient à Erevan en Arménie du 19 au 30 octobre. Les aires protégées sont particulièrement importantes pour freiner le déclin du vivant, et notamment des oiseaux, dont une espèce sur huit est menacée d'extinction. Tout au nord de l'Allemagne se trouve un tel sanctuaire ornithologique, l'un des derniers d'Europe : les Halligen. Dix petites îles menacées par le changement climatique.
De notre envoyée spéciale dans les Halligen,
La famille de Ruth Kruse vit depuis plus de 300 ans sur l’île de Nordstrandischmoor. Et depuis toujours, c’est le passage des oiseaux migrateurs et nicheurs qui rythme son quotidien. L’oiseau symbole des Halligen — ailes noires, ventre blanc et bec orange — c’est lui : l’huîtrier pie. 4 % de la population mondiale de cette espèce nichent sur ces îles. « Ici, rien que sur cette Hallig [le nom donné à chaque îlot de cet archipel, NDLR], nichent plus de 10 000 mouettes rieuses. J’ai aussi compté 400 couples de sterne pierregarin, ainsi que des sternes naines, des pluviers grand-gravelot, liste Ruth Kruse. Si vous essayez de traverser notre île à pied, vous allez forcément marcher sur un nid. »
L’ornithologue Elisabeth Kirchhoff souligne : « Cela ne semble peut-être pas grand-chose. Mais si l’on compare la superficie de ces minuscules îlots aux immenses étendues ailleurs en Europe, on se rend compte que les Halligen représentent une toute petite tête d’épingle, qui a pourtant une influence considérable ! »
« Ici, sur les Halligen, les huîtriers pies ont encore régulièrement un très bon taux de reproduction. Ils dépassent donc le seuil nécessaire au maintien de la population, poursuit l'ornithologue. Il y a des huîtriers pies qui couvent également sur le continent. Mais ceux-là n’ont souvent pas autant de succès avec la reproduction et ne parviennent plus à dépasser ce seuil. Du coup, les Halligen constituent une sorte de population source pour les oiseaux qui nichent sur le continent. »
À lire aussiAux îles Halligen, menacées de disparaître: «Nos solutions d’adaptation peuvent s’appliquer à l’autre bout du monde»
« La Hallig est comme morte. On n’entend plus aucun oiseau »
Depuis 50 ans, les habitants des Halligen comptent les oiseaux tous les quinze jours. Mais depuis une quinzaine d’années, certaines espèces voient leurs populations fortement diminuer. Parmi les multiples raisons : l’élévation du niveau de la mer due au changement climatique. Désormais, il arrive que la mer du Nord submerge ces petites îles plates et sans digues durant le printemps. Or, toutes les espèces d’oiseaux qui se reproduisent ici construisent leur nid à même le sol. Julian Winkelmann, responsable de la surveillance ornithologique sur la Hallig de Norderoog, décrit la scène : « Lorsque l’eau arrive, les oiseaux adultes s’agitent frénétiquement. Ils essaient d’éloigner leurs oisillons du danger en poussant des cris. Mais ils ne peuvent pas les prendre dans leur bec et s’envoler ailleurs. Beaucoup de nids sont détruits. Et des oisillons meurent, même encore un ou deux jours après la submersion. Parce que, comme leur plumage n’est pas encore imperméable, ils sont victimes d’hypothermie. »
Sur la Hallig de Ruth Kruse, une telle submersion a emporté une grande partie des nids au mois de juin. Elle confie, émue : « Et là, en pleine période de reproduction… la Hallig est comme morte. On n’entend plus aucun oiseau. Et ça, ça rend quand même… très triste. »
Si les autorités allemandes et l’Union européenne mènent différents programmes d’adaptation pour tenter de sauver les Halligen de la disparition face à la montée de la mer, c’est parce que ces dix petites îles occupent un rôle charnière pour de nombreuses espèces. Elisabeth Kirchhoff avertit : « Bon, on pourrait dire : "Peu importe ! Ça n’en vaut pas la peine. Laissons-les couler ! On ne les protège plus." Mais alors, on accepte que, tôt ou tard, les oiseaux aussi disparaîtront. »
À écouter dans Grand reportageComment sauver les Halligen, archipel européen menacé par la montée de la mer?- Près de 10 ans après le mouvement #MeToo, les discours virilistes gagnent du terrain en Europe. C'est le cas en Italie, où Roberto Vannacci, candidat aux élections législatives de 2027, déploie depuis plusieurs mois une rhétorique identitaire et masculiniste. C'est à travers ses discours provocateurs que son parti, Futuro Nazionale, séduit progressivement la frange la plus à droite de l’électorat de Giorgia Meloni. Créé en février, le jeune parti a publié cet été son programme politique : l’ancien de la Ligue y détaille son projet pour la famille, où le patriarcat dit méditerranéen doit être restauré, l’accès à l’IVG restreint, le crime de féminicide abrogé… Une vision traditionaliste de la masculinité qui puise ses racines dans l'héritage fasciste, encore prégnant en Italie.
Un reportage de notre correspondante à Rome, à retrouver en intégralité dans Accents d'Europe.
À lire aussiRoberto Vannacci, dynamiteur de l’extrême droite italienne? - À trois semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, l'explosion du coût de la vie dans le pays risque d'affaiblir les candidatures républicaines. Selon de récents sondages d'AP-NORC Center for public affairs research, 65% de la population étatsunienne estiment que les politiques de Donald Trump sont directement responsables de cette situation. À New York, ville qui connaît déjà de grandes inégalités, la hausse des prix pèse lourd sur de nombreux ménages.
De notre correspondante à New York,
Dans l’un des grands parcs de Manhattan, des associations distribuent aujourd’hui des fruits et des légumes. Dans la file, des New-Yorkais de tous âges. « Tout est tellement plus cher aujourd’hui, je n’ai pas les moyens, c’est beaucoup trop ! Dieu merci, je n’ai pas besoin de grand-chose, sinon je mourrais de faim ! », confie Margaret, 70 ans.
« Je suis allée au supermarché et la petite barquette de tomates cerises était à 8 dollars. Je n’avais jamais vu des prix aussi chers de ma vie. J’ai eu un moment de choc en me disant : “Mon Dieu, si je devais acheter cette barquette pour nourrir ma famille, ce serait impossible.” », témoigne Nina, 34 ans.
Ici, comme partout ailleurs aux États-Unis, le coût de la vie ne cesse de flamber depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, que ce soit à cause des droits de douane imposés par le président, de la guerre contre l’Iran ou encore des coupes budgétaires visant les programmes d’aide.
Selon Guillermo Di Caterina, de l’Armée du Salut, cette situation affecte particulièrement les communautés les plus fragiles. « Il y a l’inflation, les loyers ici sont très élevés, il y a l’insécurité alimentaire, liste-t-il. On a de plus en plus de gens qui nous demandent de l’aide parce qu’ils ont de plus en plus de mal avec les fins de mois. » Selon de récentes études, les ménages new-yorkais ont vu leurs dépenses annuelles augmenter en moyenne de 2 000 dollars sous Donald Trump.
À lire aussiÀ un mois des Midterms, sur la route 66: l'explosion des prix du diesel [1/5]
Avantage pour l'aile gauche du Parti démocrate ?
Adiel travaille dans la finance et dit bien gagner sa vie, ce qui ne l’empêche pas de devoir faire attention. « Je sens la pression financière. Je suis obligé d’être raisonnable : je mange moins dehors et je privilégie les dépenses importantes plutôt que les loisirs et les petits plaisirs », admet-il.
Dans cette ville qui vote traditionnellement démocrate, cette situation va sans aucun doute peser lors des élections de mi-mandat. « Je vais faire très attention et bien vérifier parmi les candidats démocrates qui a choisi de ne pas aider les Américains, qui, par exemple, a soutenu la suppression des programmes d’aide, Medicare, etc., poursuit Adiel. Je ne voterai pas pour eux. Il faut être vigilant, même si on vote démocrate. »
« Je pense que cette situation fait du mal à Trump, à ses partisans. Et le pays va probablement pencher un peu plus à gauche », analyse un autre habitant de la ville. À New York, l’aile gauche du parti démocrate est donnée, pour le moment, largement vainqueur.
À lire aussiMidterms aux États-Unis: Donald Trump, un soutien de plus en plus encombrant Cisjordanie occupée: des Palestiniens blessés par des colons israéliens dénoncent l'impunité
13/10/2026En Cisjordanie occupée, à quelques semaines des élections législatives en Israël, nombreux sont les Palestiniens à espérer que la nouvelle coalition issue du scrutin leur soit plus favorable. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement d'extrême droite actuel, en décembre 2022, 231 nouveaux avant-postes ont été établis sur le territoire, selon l'organisation israélienne Peace Now. La violence des colons, elle, a explosé. Selon le bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha), les attaques de colons ayant fait des victimes ou occasionné des dégâts matériels sont passées d'une moyenne de 1,5 par jour en 2021 à 6,7 au cours des huit premiers mois de 2026. De nombreux Palestiniens portent les conséquences de ces violences à vie. Face à une autorité palestinienne économiquement exsangue et à une justice israélienne qui leur est peu favorable, ils se retrouvent seuls et handicapés.
De notre correspondante à Damas,
Un an et sept mois que ces béquilles accompagnent chaque pas de Saïd Rabah. C'était un 17 avril, au moment où un colon israélien a construit illégalement sur son terrain. « Il m'a attrapé la main et me l'a tordue. Il avait une arme avec lui. Il a tiré deux coups en l'air, puis le troisième, directement dans ma jambe. En plein dans ma jambe », raconte-t-il.
Dans la foulée, un garrot lui est mal posé, et Saïd doit se faire amputer. À sa sortie de l'hôpital, il tente en vain d'obtenir justice auprès de la police. Pas de condamnation, pas non plus de compensation. On lui annonce qu'il doit se débrouiller seul pour payer sa prothèse de plusieurs milliers d'euros : « Les autorités ne m'ont pas considéré comme un être humain. Ils m'ont simplement considéré comme un menteur. Personne parmi eux ne m'a aidé. Heureusement, il y a eu des militants israéliens solidaires qui ont joint une association et qui m'ont aidé financièrement. »
À lire aussiCisjordanie occupée: coupé en deux par un avant-poste de colons israéliens, le village d’Umm al-Khair craint d’être rasé
« Tout le monde ressent de la colère »
Un peu plus loin, même récit, même sentiment de survie. C'est en octobre 2023 que Zakaria Adara a vu, lui, tragiquement basculer sa vie : « Un colon a avancé avec son arme, il m'a dit : ''Recule, retourne au village, éloigne-toi !'' Il avançait en pointant son arme vers moi, comme ça, au niveau de ma poitrine. Puis il a tiré. »
Le tir fut celui d'une balle dum-dum, conçue pour s'ouvrir à l'impact et causer de très graves blessures. Des morceaux de métal se nichent alors dans son ventre, coupent une artère près de son cœur, son rein droit, son pancréas. Sept mois, 13 opérations et 2 000 euros plus tard, Zakaria confie : « Je ressens... Tout le monde ressent de la colère ici, à cause de ce que font les colons. Il n'y a personne, pas même un gouvernement derrière nous, pour nous aider ou prendre notre défense. Le colon qui a tiré, jusqu'à aujourd'hui, est libre. Le gouvernement israélien n'a rien fait. »
À lire aussiCisjordanie occupée: qui sont les «jeunes des collines», ces colons radicaux accusés de centaines d’attaques?
« Je suis handicapé à vie, mais je resterai »
Aujourd'hui, Shouk, la femme de Zakaria, tente de vendre ses broderies pour leur permettre de rembourser leurs dettes. Mais la famille vit recluse, terrorisée. Tout autour, les avant-postes de colons israéliens se sont multipliés. « C'est autour de nous. C'est partout. Il y a une colonie ici, une autre là. Chaque année, ils construisent. Ils font beaucoup de constructions et beaucoup de travaux. Chaque année, on voit de nouveaux bâtiments apparaître », décrit Shouk.
Pour eux, aucun doute : « Ils ne veulent pas que les gens restent sur leurs terres, alors même qu'ils y vivent. Que ce soit à Tuwani, à Masafer Yatta, à Um al-Kheir, c'est toujours la même chose. Ils ne veulent pas que les gens restent sur leurs terres. Alors, ils envoient des colons, comme du poison. Petit à petit, ils essaient de faire partir les gens de leurs terres pour pouvoir les prendre. »
« Cela ne marchera pas, conclut Zakaria. Je suis handicapé à vie, mais je resterai. Même si cela recommence. Même si je dois rester cloué au lit à cause de nouvelles blessures. »
À lire aussiIsraël en colère après le discours d'Emmanuel Macron à l'ONU sur la Cisjordanie- Le groupe automobile allemand Volkswagen, premier constructeur européen, multiplie les plans de restructuration. Après celui de décembre 2024, il vient d'en annoncer un nouveau cet été avec 50 000 emplois de nouveau en jeu à travers le monde. Frappé par la concurrence chinoise, par les droits de douane américains et par un marché européen faible, Volkswagen souffre comme jamais dans son existence. Au point que l'avenir de son usine modèle de Zwickau, dans la Saxe, son fer-de-lance en matière d'électro-mobilité, semble menacé.
Le reportage de notre correspondante Delphine Nerbollier est à retrouver dans son intégralité sur notre site dans Accents d'Europe
About Reportage international
Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro.
Podcast website